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Le métier de luthier : rêves et réalités

 

Les lecteurs qui s'apprêtent à lire cet article ne doivent aucunement  voir regrets ou amertume dans mes propos mais simplement un constat clair et précis de la réalité du métier de "luthier guitares" aujourd'hui ! N'y voyez aucune volonté de brosser un tableau plus noir ou plus idyllique qu'il ne saurait être en réalité... Beaucoup de jeunes pensent avoir trouvé LE métier de leurs rêves et poussent la porte de l'atelier (souvent accompagnés de leurs parents ) afin d'obtenir des informations. C'est en priorité à eux que cet article s'adresse. Mon but n'est pas de les décourager mais, par souci d'honnêteté, je me dois de leur faire découvrir "l'envers du décor".

Bonne lecture !

C. Mainnemarre

 

Dans la pensée collective, le métier de luthier fait partie de ces quelques métiers d'art qui jouissent d'une sorte d'aura. La représentation que s'en font les gens est très bien résumée par ces quelques mots : "Quel beau métier !". Pour certains (qui ne font d'ailleurs pas bien la différence entre instruments à cordes frottées et pincées), le luthier évoque souvent de belles images... d'Epinal : le prestige des Stradivarius, le XVIIIème, un monde romantique de finesse, de savoir-vivre et d'art, un peu "magique" comme dans les romans de Jean Diwo... Pour d'autres, plus jeunes, luthier est une profession "fun" : le travail du luthier n'en est pas vraiment puisqu'il concerne le loisir et la musique, c'est un métier très "cool". Ils s'imaginent que l'on passe beaucoup de temps à pratiquer l'instrument, sur des guitares toutes plus belles les unes que les autres... malheureusement, la réalité du métier est clairement différente pour plusieurs raisons :

- ECONOMIQUEMENT tout d'abord :

Il ne faut pas oublier qu'une entreprise artisanale est d'abord... une entreprise, avec tout ce que cela implique notamment l'OBLIGATION d'être RENTABLE, cela peut sembler tomber sous le sens mais c'est loin d'être évident. Et lorsqu'on parle de rentablilité, on ne parle pas de gagner de l'argent mais surtout de NE PAS EN PERDRE, même au bout de plusieurs années d'existence ! Il ne faut pas oublier que les PME sont imposées à plus de 40% de leur chiffre d'affaire ! Cette obligation de rentabilité a forcément des effets pervers qui se traduisent, entre autres, par ce que nous appellerons le travail "alimentaire". L'objectif premier lorsque l'on travaille, reste bel et bien de "remplir son assiette"... Or, pour ce faire, il faut en permanence travailler à l'entretien / réparation d'instruments qui ne font pas forcément envie : Il y a bien plus de guitare bas de gamme en circulation que d'instruments "collectors", tout le monde n'a pas les moyens d'avoir une Strat' Custom Shop et même ceux qui en ont ne sont pas toujours soigneux !!! Frotter, polir et nettoyer sont des travaux pénibles, répétitifs et... quotidiens, bien loin des rêves de fabrication initiaux !!! Rares sont les luthiers qui peuvent se permettre de choisir leurs "chantiers" ou de se consacrer exclusivement à la fabrication ! Gardez également à l'esprit que la guitare s'adresse à un public dont les moyens sont majoritairement modestes comparés à ceux des pratiquants d'autres familles d'instruments... pour l'exemple, un hautbois d'étude correct vaut sensiblement le prix de notre fameuse Strat' Custom shop !... Fort de ce constat, inutile d'imaginer pouvoir faire payer l'intégralité du temps que vous avez passé sur un instrument quand le coût de 3 heures de main d'oeuvre dépasse la valeur dudit instrument !!! (Que faire ? refuser l'instrument sous prétexte que ce n'est pas rentable ?)

- LA GESTION :

 Une entreprise doit être parfaitement gérée si elle veut perdurer. Il ne faut pas croire que l'on arrive tranquillement à l'atelier et que l'on travaille toute la semaine sur ses instruments ! Il est fortement déconseillé de se lancer si vous n'êtes pas familier avec des termes comme "investissements, amortissement, BFR..." autrement dit, il est judicieux de ne pas avoir déserté les bancs de l'école... Le temps où l'artisan était reconnu presque uniquement pour son savoir faire et où la "compta" se faisait au crayon gris sur un cahier d'écolier est révolu ! Aujourd'hui plus encore qu'hier, vous devrez passer énormément de temps dans la "paperasserie" et un "bon" artisan est avant toutes choses un bon chef d'entreprise !

- LES IMPERATIFS :

 Il n'y a malheureusement pas de secret, pour réussir, il faut travailler sans ménager sa peine. Les artisans sourient souvent à la simple mention des 35H car leur réalité est plus proche des 45, 50, 60 heures par semaine pour gagner... RIEN LES PREMIERS MOIS OU ANNEES et un bon SMIC ensuite ! (les salaires corrects -mais bien loin de ceux des grands patrons- viennent avec la réputation).

Un tel rythme impose naturellement des sacrifices d'ordre privé, les journées ne faisant que 24 heures, si l'on passe déjà 10 ou 11 heures à l'atelier, il ne reste pas beaucoup de temps pour les loisirs (pratique de l'instrument y compris), la vie familiale..., d'autant que très souvent, les ateliers ouvrent le samedi afin de permettre au clients, qui eux aussi travaillent, de récuperer leurs instruments, ce qui implique des week-ends en décalé donc une vie sociale également en décalé (difficile d'accepter une invitation à dîner le vendredi soir quand le samedi est la plus grosse journée de la semaine ! De même  qu'il est délicat de demander à reporter ce dîner au dimanche soir quand les vos hôtes travaillent le lundi...)

Enfin, la liste ne serait pas complète sans évoquer les congés et les arrêts maladie... Il faut bien garder à l'esprit qu'un artisan qui ne travaille pas... ne gagne rien ! Inutile de vous préciser que les congés se font rares... Autre gros point noir, la couverture sociale des artisans est très mauvaise : il n'est pas prévu d'indemnisation décente en cas d'arrêt maladie (les frais de santé sont pris en charge mais le maintien du revenu est totalement indécent). Pour faire simple l'artisan n'a pas le droit de tomber malade sous peine, en cas de longue convalescence, de voir son entreprise fermer : sans travail, pas de chiffre d'affaire et dans ce cas, il devient très rapidement, extrèmement difficile de s'acquiter des différentes charges : fiscales (impôts, taxes...) et d'exploitation (remboursement de crédit, location des locaux, EDF...). Il va sans dire qu'il est quasi impossible de confier votre atelier à un remplaçant... votre réputation reposant d'abord sur l'excellence de votre travail !... Bien sûr il existe des assurances privées qui vous propose d'assurer vos revenus et votre chiffre d'affaire en cas de "pépin" mais les tarifs sont prohibitifs... La majorité des artisans travaillent donc "sans filet" ! Quant à la retraite, je préfère faire l'impasse sur le sujet...

En complément, vous trouverez ci-après, l'excellent article de Jacques Carbonneaux disponible dans sa version originale sur le site www.laguitare.com à cette adresse.

 

"Depuis ces 6 dernières années alors que laguitare.com suit le monde de la guitare et en particulier le secteur de la lutherie artisanale, nous avons pu nous rendre compte de l'engouement de beaucoup d'entre vous pour la lutherie et les possibilités d'en faire son métier.
C'est très bien me direz vous et nous devrions être heureux de cette situation ! Mais la réalité est tout autre et nous nous devions de réaliser ce dossier afin de vous informer des énormes difficultés pour, déjà, trouver une formation, la financer et surtout connaître la réalité du métier de luthier...

...Devenir luthier est le rêve et l'objectif de beaucoup d'entre vous mais peu connaissent la réalité du marché du travail dans le secteur de la lutherie guitare.

Plus qu'un métier, un sacerdoce !
En effet, le métier de luthier n'est pas des plus rêvés pour espérer gagner de l'argent mais pire encore, rare sont les luthiers qui peuvent annoncer 6 mois de commandes. Pourquoi ? Les raisons sont simples :

Ventes isolées et marginales
Tout d'abord, les guitares de luthiers représentent un infime pourcentage des ventes de guitares car étant des instruments de grande qualité, ils sont à mettre à la même échelle tarifaire et de qualité que le haut de gamme des grandes marques industrielles. Cette catégorie génère de faibles ventes en quantité.

De plus en plus de concurrence
Le nombre de luthiers professionnels ne cesse d'augmenter. Depuis le premier référencement en 1997 effectué pour l'élaboration de l'ouvrage "Luthiers et guitares d'en France", on pouvait recenser près d'une centaine de luthiers. En 12 ans, ce chiffre a pratiquement triplé !!! 275 luthiers sont référencés dans l'annuaire des luthiers de laguitare.com... la concurrence devient de plus en plus en rude sur un marché déjà très fermé !

Art et artisanat
La lutherie fait partie de ces métiers qui conjuguent art et artisanat. Comme pour tout métier d'art, très peu de luthiers réussiront à se faire un nom et une renommée nécessaire à une carrière florissante.

Peu ou pas de formations
A part l'ITEMM et le lycée de Bédarieux qui proposent un CAP d'Assistant Technique en instrument de Musique et qui préparent plus au métier de réparateur/vendeur que de fabricant, vous ne trouverez (en France) aucun autre centre de formation qui a déjà fait ses preuves. Cependant, depuis quelques mois cette réalité évolue. En effet, la demande étant nettement supérieure à l'offre, la logique veut que plusieurs nouveaux centres de formation voient le jour.

Les nouveaux Centres de formation : attention où vous mettez les pieds !
Laguitare.com a du faire face ces derniers temps à une forte polémique concernant un des centres de formation, certains des stagiaires s'étant plaint des conditions matérielles et pédagogiques de la formation.
Afin d'éviter tous problèmes, il est dans votre intérêt de prendre toutes les précautions nécessaires avant de vous engager dans un de ces centres.

Il vous faut savoir aussi que le secteur de la lutherie guitare est déjà bien encombré et que peu d'entre vous réussiront une carrière digne de ce nom. Il y a énormément de postulants alors que le marché est saturé.
Il est étonnant dans ces conditions de voir fleurir des centres de formation !?!... A vous, donc de bien peser le pour et le contre et de prendre réellement conscience que vous mettez les pieds dans un secteur très fermé et qui se referme de plus en plus."

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